Mercredi matin, après deux jours et demi de réflexion, Franck Haise a réuni ses joueurs pour leur annoncer une décision aussi inattendue que déterminante : il reste à la tête de l’OGC Nice. Un choix qui intervient dans un contexte explosif, après les violences inacceptables de dimanche soir au centre d’entraînement.
Thank you for reading this post, don't forget to subscribe!« Pouvez-vous nous expliquer votre décision de rester ?
Mon choix arrive après deux jours et demi de réflexion. Il s’est passé beaucoup de choses depuis dimanche soir. Ce qu’on a vécu est inacceptable, quel que soit le métier que l’on fait. C’est inacceptable d’être mis en danger physiquement. Il aurait pu y avoir des choses encore plus graves.
On ne peut pas occulter ce qu’il s’est passé. Quand j’entends qu’il ne s’est pas passé grand-chose… Il y a des joueurs qui se sont fait taper. On n’a pas 5 et 7 jours d’ITT par hasard. Le directeur sportif s’est fait taper, cracher dessus ; qu’on ne me dise pas que ça ne s’est pas passé. Il faut assumer ses responsabilités et ça n’a pas été le cas.
J’espère qu’un jour les choses bougeront réellement. Même ceux qui n’ont pas été frappés sont choqués. Les joueurs ne comprennent pas. Qu’est-ce qu’il se serait passé si un mec avait réagi ? Certains sont venus cagoulés, avec des boules de pétanque… C’était pour jouer à la pétanque ?
Vous n’avez pas souhaité partir dans ces conditions ?
J’ai vraiment pensé à rompre mon engagement avec le club. Plus que penser, même. Mais je reste pour l’humain. Cette nuit, je ne dormais pas et je me suis dit que je ne pouvais pas lâcher. On doit assumer le défi que représente la situation, et je suis sûr de vouloir me battre.
J’étais prêt à partir, mes dirigeants le savaient. L’épisode de dimanche soir a été la goutte d’eau, une de plus. Je me suis demandé ce qu’on avait fait pour vivre des choses comme ça. Je veux bien qu’on manifeste son mécontentement, mais il y a des manières de le faire : avec des banderoles, des sifflets, des grèves des chants… Mais là, c’est quoi la prochaine étape ? Je ne serais pas parti pour des raisons sportives.
Sur ça, si on doit se battre jusqu’à la dernière seconde, je serai là pour le faire. Si on doit descendre, on descendra, mais je vais me battre pour qu’on s’en sorte. Mais quand il se passe des choses comme ça, tu te dis qu’on est peut-être passés à côté de quelque chose de très grave. Attention, je ne mets pas tous les supporters dans le même sac.
Comment ont réagi vos joueurs à votre décision ?
Je pense qu’ils s’attendaient à ce que je démissionne. J’en ai vu certains rassurés parce que je ne quitte pas le navire. J’ai fait un peu d’humour en disant que ce n’était pas une bonne nouvelle pour tout le monde… Maintenant, les gars sont touchés mentalement. C’est compliqué pour eux. Ils ont eu besoin de se réunir ce (mercredi) matin pour discuter entre eux de tout ça. Ils ont des messages à faire passer à la direction et à l’actionnaire. Je ne sais pas ce qu’il va en ressortir. Je leur ai simplement dit qu’il fallait continuer de s’entraîner, pour respecter notre métier et notre club.
Vous avez plusieurs fois critiqué vos joueurs ces dernières semaines. Allez-vous continuer à avoir votre liberté de parole envers eux ?
Je ne vais pas changer. Je suis exigeant et je fais passer des messages. On ne peut pas dire que ça leur fait plaisir que je les pique, mais ceux qui me connaissent savent très bien que je suis dans la bienveillance et l’humain. Quand je tape du poing sur la table, je pense que c’est nécessaire.
Je peux mettre le joueur en difficulté, mais pas l’homme. Je suis comme ça, c’est mon rôle aussi de dire les choses quand on est satisfait et quand on ne l’est pas. Il faut savoir exprimer une réalité ; c’est ma liberté de parole et je veux la garder. On avale déjà un certain nombre de couleuvres dans ce métier.
« J’étais prêt à m’asseoir sur mes 43 mois de salaire »
Attendez-vous une réaction de vos dirigeants ?
Je n’ai pas eu l’actionnaire, ni le responsable de l’actionnaire depuis dimanche soir, et c’est moi qui ai appelé le président lundi en fin de journée parce que je n’arrivais pas à avoir de nouvelles de Florian Maurice (directeur sportif du Gym). J’assume mes responsabilités en restant l’entraîneur. (Il s’arrête et regarde son téléphone.) Ah ben voilà, Jean-Claude Blanc (le directeur général d’Ineos Sport) vient de m’écrire, on est mercredi matin… Je reste pour que chacun assume ses responsabilités.
Avez-vous le sentiment d’être seul en première ligne ?
C’est la réalité du métier, c’est comme ça. Je pense que pour qu’un club fonctionne, il faut une grande force collective, du haut jusqu’en bas : de la direction, de l’actionnaire, vers le bas. C’est beaucoup plus fort quand c’est le cas. Jusqu’à maintenant, celui qui s’est exprimé le plus souvent pour dire que c’était insuffisant, c’est moi.
Certaines rumeurs veulent que vous restiez car vous n’avez pas d’accord financier avec le club…
(Il coupe.) C’est complètement faux ! L’accord, on l’avait. Mes agents peuvent le confirmer, le club peut le confirmer. Je n’ai rien demandé, j’étais prêt à m’asseoir sur mes 43 mois de salaire. Ce n’est absolument pas par rapport à ça que je suis resté, ça n’a jamais été une question d’argent, et avec moi, ce sera toujours une question de valeurs humaines. »
Une décision prise dans la nuit
L’entraîneur niçois ne cache pas avoir été à deux doigts de la rupture. « J’ai vraiment pensé à rompre mon engagement avec le club. Plus que penser, même », confie-t-il dans les colonnes de L’Équipe. Mais c’est au cœur de la nuit, alors que le sommeil le fuyait, que Haise a tranché : « je me suis dit que je ne pouvais pas lâcher ».
Sa motivation ? L’humain avant tout. Face à un groupe de joueurs profondément marqué par les événements traumatisants de dimanche, l’ancien coach lensois n’a pas trouvé la force d’abandonner le navire en pleine tempête. Il assume désormais pleinement le défi d’une situation qui place Nice dans une position délicate au classement, avec six défaites consécutives.
Des violences dénoncées avec force
Haise ne mâche pas ses mots pour qualifier ce qui s’est passé dimanche soir, lorsque des supporters ont agressé plusieurs joueurs au retour de la défaite à Lorient. « Ce qu’on a vécu est inacceptable, quel que soit le métier que l’on fait. C’est inacceptable d’être mis en danger physiquement », martèle l’entraîneur.
Il dénonce également la présence de supporters cagoulés et armés de boules de pétanque, soulignant la gravité des actes commis. Terem Moffi et Jérémie Boga, particulièrement visés, ont obtenu des jours d’incapacité temporaire de travail et ont porté plainte.
Une direction pointée du doigt
Au-delà des supporters, c’est aussi vers sa propre hiérarchie que Franck Haise tourne un regard critique. L’entraîneur déplore un manque flagrant de soutien et de communication depuis dimanche soir. Il révèle qu’il a dû prendre les devants pour obtenir des nouvelles, contestant l’absence de réaction de la part des dirigeants et de l’actionnaire Ineos dans les heures qui ont suivi le drame.
Pour Haise, chacun doit désormais assumer ses responsabilités – lui-même sur le plan sportif, mais également la direction sur le plan institutionnel et sécuritaire.
Un défi immense à relever
La mission qui attend désormais le technicien de 54 ans s’annonce herculéenne. Il doit redonner confiance à un groupe choqué, alors que le club est englué dans une série noire de résultats. Dès dimanche, Nice accueille Angers à l’Allianz Riviera dans un match crucial, suivi d’une rencontre européenne contre le Sporting Braga.
Franck Haise se dit prêt à se battre, convaincu qu’avec ses joueurs, il peut renverser la situation. Reste à savoir si cette détermination suffira à sortir l’OGC Nice de la tourmente sportive et institutionnelle dans laquelle le club azuréen s’enfonce depuis plusieurs semaines.
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